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L’ombre gigantesque continua de progresser contre les parois de la grotte. Loulou se tut, il recula d’un
pas, puis d’un second, trébucha contre une pierre, se retrouva sur le derrière, les mains au sol. Il ferma les yeux pour ne pas voir la créature terrifiante s’abattre sur
lui.
Silence. Rien ne se passa.
Loulou attendit encore quelques secondes, puis rouvrit un œil timidement. Devant lui se tenait la maman de Lolotte la marmotte,
campée sur ses deux pattes postérieures, les deux autres croisées devant elle.
« Et bien mon grand, tu es blême, on dirait que tu as vu un fantôme,
commença-t-elle.
- Madame marmotte, c’est bien vous ?
- Pour sûr, c’est moi !
- Oh, Madame marmotte, vous m’avez fait si peur ! Comme je suis content de vous voir !
- Et à qui d’autre t’attendais-tu ?
- … à … à un monstre, balbutia Loulou.
- Un monstre ? Mais les monstres n’existent pas ! En revanche, les bêtes féroces et les dangers bien réels, oui, il y en
a des quantités, dans une forêt, comme dans une grotte.
- Des bêtes féroces ?
- Oui, des loups, des ours, des rapaces, tous ceux-là se régaleraient d’un petit écureuil perdu.
- Et des dangers, vous dites ?
- Oui, tomber dans un ravin, se casser une patte, se perdre pour toujours, mourir de faim, ou de froid…
- Brrrrh…
- Tu as raison de frissonner, Loulou. Votre petite escapade était une idée farfelue et surtout, totalement
irresponsable !
Loulou fit profil bas.
- Vous avez raison, Madame Marmotte.
- Et de vous séparer l’était encore davantage, enfin !
- Nous pensions multiplier ainsi nos chances de…
- D’y laisser quelques poils, oui ! Voire plus.
- Mais peut être Léo est-il parvenu à retrouver le chemin de la clairière… Il est beaucoup plus futé et débrouillard que
moi…
- Tu veux connaître le sort de Léo le futé, comme tu dis ? Il s’est laissé mener par le bout du museau jusqu’au terrier
d’un renard qui a failli le dévorer tout cru !
- Gloups, fit Loulou. Qu’aurions-nous donc du faire, alors, si ce n’est nous séparer ?
- Pour commencer, ne pas partir en expédition sans réfléchir, sans prévenir un adulte et sans être accompagnés.
- Mais nous ne sommes plus des bébés, osa Loulou.
- Tu as raison. Vous êtes d’ailleurs tous trois d’intelligents petits rongeurs. Mais nous, vos parents, n’avons pas fini de vous
préparer à affronter toutes les situations de la vie. Dont tu connais certains risques à présent.
- Je comprends, il nous faut encore attendre quelques années.
- Oui, c’est cela. Ensuite, une fois perdus, vous auriez du rester unis pour être plus forts, vous trouver une cachette et ne plus
vous déplacer.
- Ah bon ?
- Oui, votre trace aurait été plus aisée à retrouver, pour nous je veux dire, qui vous connaissons bien.
- Nous aurions aussi pu rechercher de l’aide, non ?
- Oui et non, mon Loulou.
- ????
- Des bêtes bienveillantes auraient pu vous guider, ou nous prévenir, c’est vrai. Mais il aurait dans tous les cas fallu vous
méfier des inconnus et détecter les bonnes et les mauvaises volontés. Certaines âmes sont tordues, tu sais, et le plus beau des parleurs peut se révéler être le plus affûté de la
dent !
- Comment fait-on cela, détecter les bonnes volontés ?
- C’est la vie, qui te l’apprendra, Loulou. Voilà une raison de plus d’être patient.
Comme Léo avant lui, Loulou comprit qu’il n’était pas encore armé pour se débrouiller tout seul. En y
réfléchissant, il réalisa également que toute sa vie durant, même lorsqu’il serait plus grand, il lui faudrait adopter une attitude responsable et ne pas prendre de risques inconsidérés. D’après
Dame marmotte, il semblait bien que les dangers ne disparaîtraient pas avec le temps, mais que son expérience l’amènerait à mieux les éviter et les gérer.
De ce jour, lorsqu’il fut confronté à des questions inconnues ou des problèmes nouveaux pour lui, il prit
le pli d’interroger ses parents sur la meilleure attitude à adopter pour les résoudre.
En quelques mois, il
apprit ainsi beaucoup de ses aînés, gagna de la confiance en lui et de la crédibilité auprès de son entourage. Il prit également beaucoup de plaisir à échanger des points de vue, y compris
lorsqu’il n’était pas d’accord, ce qu’on ne manquait jamais de lui accorder d'ailleurs lorsque son discours était argumenté.
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