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Au fur et à mesure que les semaines
s’écoulaient, Zipy changeait progressivement d’apparence : son corps agile et fin se musclait et, mis à rude épreuve, ses anneaux, autrefois d’un rose clair et translucide, commençaient à
ternir.
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A l’intérieur, le petit ver de terre se transformait également. Sa quête du potager des
doubles restait infructueuse et désormais, les images de son bonheur passé, plutôt que de lui donner de l’énergie, lui rappelaient sans cesse son handicap, dont peut être, il ne parviendrait pas
à se débarrasser.
Après six mois d’errance, Zipy commença à traverser des moments de profonde instabilité
d’humeur. Tantôt agressif envers lui-même comme envers tous, il reprochait son sort tragique à la terre entière ; tantôt, complètement désespéré, il se laissait sombrer dans la déprime en se
lamentant sur son bout de queue perdu.
Il en vint à se demander s’il valait la peine de poursuivre ses recherches. Epuisantes, elles pouvaient
durer encore des mois entiers, sans forcément tenir leurs promesses : celle d’une rencontre avec son double, celle, surtout, de redevenir le petit ver d’avant.
Bien à regret, l’esprit de Zipy du donc commencer à composer avec une idée épouvantable : et s’il ne découvrait jamais le
potager des doubles… Et s’il devait, à vie, rester amputé d’une partie de lui même… Et si tous ses rêves de réussite et de mariage avec Zézette devaient s’effondrer…
Brrrh, quelle angoisse.
Zipy ne parvenait pas à admettre vraiment que ce scénario fût possible, mais il allait bientôt être confronté à la
réalité.
Un jour en effet, tandis qu’il vagabondait un peu trop près de la surface du sol en faisant
semblant de croire encore à l’improbable, il se retrouva nez à nez avec une langue de vipère.
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