| > La lecture précédente | > Le début de l'histoire | > La liste des contes |
Le lendemain, Zipy se leva avant le soleil et prépara immédiatement un maigre baluchon pour son voyage vers le
potager des doubles.
Dès les premières lueurs du jour, il se mit en route en direction de l’est.
Il lui fallut une heure pour atteindre le quartier des courges, une autre pour rallier la rangée des tomates, une
heure encore pour celle des framboises. Vers la fin de la matinée, il était enfin parvenu sous les racines du grand châtaigner demeurant à la lisière du jardin. Exténué par ces premiers efforts,
il choisit cet endroit symbolique pour faire une pause : au delà de la clôture, les terres à explorer lui étaient totalement inconnues.
Il songea également que son allure de ver de terre, qui plus est réduit aux trois-quarts, rendrait son
périple, comme sa quête, plus longs qu’il ne se l’était figuré. Bien décidé, il reprit toutefois son chemin avec entrain : il rampa et rampa encore, tout le jour durant, improvisant des
chansons pour se donner du courage, ou rêvant au moment où il serait de retour pour prendre Zézette comme épouse.
Quand la fatigue se faisait trop pressante ou qu’une crampe venait lui nouer les anneaux, il se remémorait des instants doux et
agréables de sa vie passée, celle d’avant le tragique accident. Il se revoyait ainsi taquiner les taupes ou gagner le championnat de course de vers de terre du potager. Il se laissait bercer par
ces pensées heureuses, qui l’occupaient et lui rappelaient, à chaque instant, pourquoi il se battait, pourquoi il lui fallait poursuivre sa route à tout prix. Car retrouver l’intégralité de son
corps, redevenir ce qu’il était avant, voilà tout ce qui comptait pour lui.
Plusieurs jours se succédèrent ainsi, chacun plus pénible que le précédent, mais Zipy gardait
espoir : il gravit de multiples buttes de terres, connu le froid, la faim et la solitude, se heurta à de grosses pierres hostiles qu’il dut contourner, manqua de se noyer dans une nappe
souterraine, faillit aussi, se faire picorer puis dévorer par un corbeau.
> La lecture suivante

Haut de page