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Tard dans la matinée du lendemain, le petit ver de terre se réveilla trempant encore dans son jus. Il se remémora immédiatement les événements de la veille et commença à sombrer à nouveau dans les pleurs.
Au même moment, quelque chose vint lui chatouiller le dessous du ventre. Il se dandina en grommelant. Les chatouilles cessèrent, puis reprirent. Il se plia en deux mécontent, pour voir qui l’importunait ainsi.
« Oh toi, le radis, laisse-moi tranquille ! Remballe donc tes racines !
s’exclama-t-il.
- Bonjour bonjour, petit ver ! fit le radis. Quelle belle
journée !
- Belle journée ? Tu te moques de moi ou
quoi ?!
- Pas du tout, mets le bout du nez dehors et tu verras que le soleil
brille.
- Le soleil brille ?! Et tu crois vraiment que cela
m’intéresse ?! Je n’en ai rien à faire et d’ailleurs, s’il pouvait arrêter de briller à tout jamais, vois-tu, cela m’arrangerait !
-
Pourquoi dis-tu de telles choses, petit ver ?
-
Pourquoi ? Parce que ma vie est fichue pour toujours et que cela m’exaspère qu’il puisse faire beau dehors,
voilà pourquoi !
- Hein ? Ta vie est fichue, dis-tu ?
-
Oui ! Tu ne vois donc pas clair ?
- Et que devrais-je voir ?
- Tu fais exprès ma parole ! Ne vois-tu pas
qu’il me manque un bout de moi-même ? Arraché, emporté, en train de moisir et d’être dévoré… Zipy ne finit pas sa phrase.
-
Dévoré par les vers ? C’est cela ? Ah ah ah ! Quel humour ! se gaussa le
radis.
- Zipy lui-même esquissa un sourire.
-
Comme je te comprends, petit ver, ce que tu vis est difficile. Et je t’ai aperçu te vider de toi-même hier, tard
dans la nuit.
- Que puis-je faire d’autre ? Je ne suis plus bon à rien désormais.
-
Tu y vas un peu fort, non ? A moi aussi, il m’arrive de perdre des bouts de racine.
-
Oui, mais tes racines, elles, repoussent. Moi, je resterai handicapé à vie. Sans parler du regard condescendant que
vont m’adresser tous les habitants du potager. Quant à Zézette… »
Le petit ver s’enroula sur lui-même, s’apprêtant à replonger dans la mélancolie.
« Ecoute, Zipy, j’ai peut être une idée…
-
Une idée ?! Et comment t’y prendrais-tu, toi, pour faire repousser le bout de ma queue ? Tu la ferais
tremper dans de l’engrais peut être ?
- Pas
vraiment… Mais… Je connais un endroit où l’on peut rencontrer son double et si tout se passe bien, se fondre en lui, s’approprier son corps.
-
Son double, dis-tu ? Un deuxième Zipy, qui aurait encore toute sa queue ? Et s’approprier son corps ?
questionna le petit ver qui reprenait un peu espoir.
- Oui, c’est
cela.
- Mais c’est formidable ! Dis-moi vite où se trouve cet
endroit !
- Il s’agit d’un potager qui ressemble beaucoup au nôtre, mais habité
par nos doubles. Le seul problème, c’est qu’il est un peu loin, enfin, surtout pour un ver de terre…
- Ce n’est pas grave, interrompit Zipy en reprenant du poil de la bête. Dis-moi juste de quel potager tu parles et je m’y rendrai,
coûte que coûte.
- Je ne le connais pas bien, je n’y suis jamais allé. Je sais seulement
qu’il faut traverser de nombreux champs et autant de forêts, en te laissant guider par le soleil du matin.
- Et comment sait-on que l’on est arrivé à destination ?
-
Quand tu auras trouvé cet endroit, tu le sauras, c’est tout. Mais le chemin est long et difficile, semé d’obstacles…
Je ne crois pas que tu puisses y parvenir…
- Comment
ça ! Moi, ne pas y arriver ?! Tu me connais mal ! Dès demain matin à l’aube, je me mets en route. Je chercherai ce potager et le trouverai. Une fois sur place, je prendrai le corps
de mon double et reviendrai demander à Zézette de devenir mon épouse.
- Es-tu sûr de
ton choix ? C’est dangereux, tu sais.
- C’est tout
vu. Je préfère prendre le risque de mourir en chemin que de rester amputé toute ma vie.
- Alors soit, écoute ton instinct » conclut le radis. Il était content de voir
Zipy si déterminé et surtout… si confiant en lui, comme en son avenir.
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