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Au fur et à mesure qu’il se connectait à la réalité
et en mesurait les conséquences, Zipy sentait monter en lui des larmes de ver de terre. Il en laissa échapper quelques unes qui glissèrent le long de tout son corps. Enfin presque. Puisqu’il lui
en manquait désormais un morceau ! Et à chaque fois qu’une larme ne finissait pas sa course jusqu’au bout, Zipy réalisait, comme s’il venait de le découvrir une nouvelle fois, que
l’extrémité de sa queue lui avait été enlevée. Alors, il tressaillait à nouveau et les larmes venaient encore et encore, chaque fois plus grosses et plus fournies, et à chacune qui s’arrêtait
sans finir son chemin, Zipy se tordait de douleur. Une douleur qu’il n’avait jamais connue jusqu’alors, d’une violence inouïe. Elle n’était plus d’origine physique, mais Zipy avait pourtant
l’impression qu’elle le brûlait à l’intérieur, lui déchiquetait les anneaux un à un, s’éternisant, comme fait exprès, sur chacun, comme pour mieux laisser l’empreinte de son passage
tortionnaire.
C’était hallucinant, quasiment irréaliste.
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Bientôt, Zipy se retrouva au milieu d’une marre de larmes, complètement vidé de sa substance, et totalement
désespéré. Il ne serait plus jamais comme avant. Il ne pourrait jamais plus défier les taupes dans les galeries souterraines, serait handicapé pour se déplacer, se nourrir, se promener avec ses
amis, et c’est bien toute son existence qui allait en être changée. Il le savait. Lorsqu’il travaillerait à aérer la terre pour la rendre plus fertile en la perçant de tunnels, il ne serait plus
aussi efficace que ses collègues. Non il ne servirait plus à rien.
Il songea également à la fille du roi des vers de terre du potager, princesse Zezette. Il en était secrètement tombé amoureux dans son enfance, lorsqu’il jouait innocemment à cache-cache avec
elle. Elle ne le regarderait plus comme avant, c’était certain. Quel charme pourrait-elle bien lui trouver maintenant, à lui, ce morceau de ver pas bien fini !?
Zipy pleura longtemps encore. A chaque seconde, ce sont des milliards d’idée noires ou nostalgiques qui
lui traversaient l’esprit. L’épuisement enfin eut progressivement raison de ses cruelles pensées et Zipy sombra sans s’en rendre compte dans un sommeil profond et libérateur.
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