Chester fait le pitre
Le lendemain, tous les chevaux furent emmenés au pré, où Chester ne cessa de faire l’intéressant. S’il avait déclaré la veille ne pas être sensible aux charmes de la petite nouvelle, c’était pas pure fierté. En fait, il avait complètement craqué pour elle. Il la trouvait splendide, il admirait sa démarche et son raffinement, tout comme son caractère apparemment bien trempé.
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Tout en feignant de l’ignorer, il enchaîna donc les figures acrobatique pour se faire remarquer : tantôt il trottinait en crabe, tantôt, il effectuait des demi-tours sur place autour de ses épaules. A d’autres moments encore, il marchait à reculons en enroulant son encolure.
Mais malgré ses pitreries, la nouvelle jument ne lui manifestait toujours aucun intérêt. Pire encore, elle avait lié connaissance avec ses voisins d’écurie et se promenait désormais au botte à botte avec l’un d’eux en papotant.
Jaloux comme un poux, Chester ne tint plus en place et décida d’aller l’accoster.
« Eh mignonne, sais-tu que j’ai du sang indien qui coule dans les veines ? » lui dit-il en exhibant son plus avantageux profil.
« Mon garçon, ne vois tu pas que nous parlons ? » répondit Joli Cœur, le compagnon de marche de la jument.
Vexé, Chester fit mine de ne pas entendre et lança à la petite nouvelle : « Que raconte ce bon vieux Jojo ? Il articule si mal que j’ai du mal à le comprendre ! »
La jument ignora cette remarque désobligeante et poursuivit sa conversation normalement.
« Veux-tu que je te montre comment je fais la révérence ? » insista alors l’Apaloosa.
Irritée par tant de vanité, la belle demoiselle finit pas rétorquer : « Ecoute, petit crâneur, je n’ai que faire de tes cabrioles. Elles ne m’impressionnent pas. Quant à tes ancêtres, s’ils étaient là, nul doute qu’ils t’enseigneraient les bonnes manières. Maintenant, s’il te plait, je te prie de me laisser, ta présence m’indispose. »
Chester se décomposa. Il ne demanda pas son reste et s’éloigna sur le champ, oreilles en cloche, queue entre les jambes.
Il se sentait profondément triste et totalement humilié. Il lui semblait que tout le monde le regardait et pour une fois, aurait aimé disparaître dans un trou de souris. Soudain, ses idées se brouillèrent, il perdit partiellement la raison. Il se cabra fougueusement sur ses postérieures puis s’élança au grand galop vers la clôture du pré. Les autres chevaux n’eurent pas le temps de réaliser ce qui se passait… Il s’était déjà envolé au dessus de la barrière et filait à toute allure vers l’entrée de la forêt.
Illustration : Sarah Bourgoin