
Un jour, tandis que le drôle de piquet vert se dandinait plus que de coutume, il capta l’attention de la petite tomate. Il se trémoussait, se déhanchait, tordait péniblement ses longues feuilles hirsutes. En plus, il ne cessait de ronchonner ! Fascinée par ce spectacle, Tattouille décida d’interpeller son voisin :
- Eh ! Grande tige, tu ne tiens plus sur tes racines ? lui lança-t-elle.
Il ne répondit pas.
- Et en plus tu es sourd ?! insista-t-elle en haussant le ton.
Il se pencha en avant.
- Tu ne vois donc pas clair non plus ! s’énerva-t-elle, vexée qu’il ne la remarquât pas.
Alors seulement, il se redressa et fixa Tattouille du regard, sourcils froncés, pointes de feuilles aux hanches.
- C’est toi, petite, qui me parles ? Si tu veux que je t’entende, tu n’as qu’à parler plus fort, et si tu veux que je te voie, tu n’as qu’à être plus grosse.
La petite tomate vit rouge, son jus ne fit qu’un tour.
- Petite ? répéta Tattouille, qui prit une grande inspiration.
- Moi, petite ?! s’exclama-t-elle, piquée au vif et crispant toute sa pulpe d’un coup.
Elle avala une dernière bouffée d’air.
- Et bien moi, grande tige, je ne suis pas toute tordue au moins ! Et je suis peut être une petite tomate, mais une tomate adulte, vois-tu ! Elle coupa sa respiration. Son teint rouge commença à foncer et sa chair à gonfler.
- Une tomate adulte ? répondit le vieux piquet vert. Pfffff… tomate cerise, tu veux dire ! Ah ! Ah ! Ah ! Il rit d’une grosse voix, tandis que Tattouille continuait à enfler. Puis il lui lança :
- Eh !, cerisette, pas la peine de jouer à l’aubergine, tu n’y arriveras pas ! Il rit de plus belle.
Décontenancée, la petite tomate comprit que son stratagème ne fonctionnerait pas. Elle relâcha progressivement ses muscles et reprit sa respiration.
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