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Zipy se retrouva à nouveau seul
avec lui-même. Au calme.
L’épisode de la vipère avait été extrêmement difficile, sans doute la plus
éprouvante de toute sa vie. En même temps, quelque chose d’important s’était produit en lui. Il avait ressenti comme une rupture à l’intérieur, presque physiquement et simultanément, un étrange
soulagement.
Plus tard dans la soirée, il gagna le sommet d’une butte de sable encore tiède et s’endormit, pour la
première fois depuis la perte de sa queue, dans la quiétude et la sérénité.
Le lendemain au réveil, il pensa, comme chaque jour, à son tragique accident et curieusement, cette pensée
ne fut pas source, comme chaque jour, d’une souffrance encore renouvelée.
Oui, on lui avait ôté une partie
de lui-même et non, il ne la retrouverait jamais. C’était un fait désormais établi. A quoi bon lutter contre les faits ? songea Zipy. A quoi bon se laisser bercer en permanence par des
souvenirs, si doux soient-ils, appartenant à un passé révolu ?
Cela faisait un an que Zipy était parti de chez lui. C’était le temps qu’il lui avait fallu pour accepter,
avec l’aide d’une odieuse vipère, que sa queue était perdue à jamais. Jusque là en effet, il le sentait, au fond de lui, mais son esprit refusait de faire sienne une telle réalité. Voilà pourquoi
il s’était acharné, comme un forcené, contre les évidences.
Zipy comprit que seules deux solutions s’offraient désormais à lui : se laisser dépérir s’il pensait
que son existence ne valait plus la peine sans sa queue, ou bien alors, se donner une chance, c’est-à-dire, faire du mieux qu’il pouvait pour vivre heureux, tel qu’il était maintenant :
différent.
Sa différence, c’était bien sûr son handicap. Mais aussi, son corps, désormais plus robuste, pour avoir
voyagé durant des mois. Et bien encore, ce qu’il était devenu : un petit être endurci aux épreuves de la vie, un concentré de ténacité, qui avait parcouru, à force de volonté et de
détermination, des dizaines de kilomètres, un véritable exploit pour un ver de terre. Il avait également découvert de multiples paysages et connu de nombreuses péripéties. Il aurait d’ailleurs
tant à raconté s’il n’était pas si seul…
Ce nouveau Zipy ne valait-il pas que l’ancien lui cède sa place ? De nouveaux jours ne
s’ouvraient-ils pas devant lui ? Le cœur du petit ver penchait sérieusement vers une réponse positive. Et tandis qu’il était plongé dans ces pensées, Zipy comprit soudain toute la
signification du potager des doubles. Il y était enfin parvenu, là, sur cette simple butte de sable chauffée par le soleil.

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