« Alors les filles, on se balade ?
- Qui... qui êtes-vous » balbutia la salopette, tandis que la paire de chaussettes jeta un œil au dehors de sa cachette.
Un short s’approcha, désormais éclairé par une bougie.
- Et bien, à qui crois-tu parler ? A un fantôme ? Ah ! Ah ! Ah !
- Oh, pas la peine de te moquer, demie-portion ! rétorqua le petit saucisson qui fulminait.
- Bon d’accord, mais avouez que vous avez eu une sacrée frousse… »
Les deux amies sourirent. Elles étaient finalement bien contentes de n’avoir affaire qu’à un vieux short poussiéreux. Comme à bien d’autres morceaux de toile usés
d’ailleurs : tee-shirt sans manches et pantalons déchirés, chemises de nuit jaunies et pyjamas d’un autre temps, vestes et blousons démodés, torchons et serviettes crasseux, nappes
tâchées. Il y en avait partout et de toutes les tailles !
« Je ne pensais pas que nous étions si nombreux à vivre sous le même toit, songea la salopette à haute voix.
- Moi non plus, répondit la paire de chaussettes… Mais justement, cela me donne une idée… Les humains viennent-ils souvent vous voir ? demanda-t-elle à une cagoule qui la
fixait d’un air louche.
- Oh non, ils nous ont oubliés depuis longtemps. Il arrive seulement que l’un deux monte mettre le bazar dans nos cartons ! Drôle d’occupation…
- Parfait ! se réjouit la paire de chaussettes. Alors pourquoi ne ferions-nous pas une grande fête ?
- Oh oui ! s’exclama une moufle ayant perdu son double. On s’ennuie tellement par ici. »
L’idée remporta un franc succès et le lendemain, toute la journée durant, on s’affaira dans une joyeuse ambiance : les habits du grenier déroulèrent au sol de longs tapis
endormis et ressortirent un tourne disques qui n’avait pas chanté depuis longtemps. Ils dépoussiérèrent un sofa un peu dégarni et redonnèrent vie à une grosse lanterne rouillée.
De leur côté, chaussettes et salopette prévinrent les vêtements des autres pièces, même ceux qui sentaient mauvais dans la salle de bain. Le soir venu, elles dévalisèrent les
placards de la cuisine de toutes sortes de friandises, puis filèrent rejoindre leurs nouveaux amis.
Cette nuit-là, tous les vêtements de la maison dansèrent, s’égosillèrent et se gavèrent de chamallows jusqu’à l’aube. Les nuits suivantes, ils invitèrent même leurs semblables
des maisons voisines à prendre part aux réjouissances. On se passa le mot et bientôt, on organisa des fêtes nocturnes sur toute la planète.
Depuis lors, les enfants sages et qui tendent bien l’oreille le soir en se couchant entendent d’étranges bruits venant du plancher du grenier… Mais ils savent qu’ils peuvent dormir
tranquilles.