Ils marchaient maintenant dans la pénombre, réalisant soudain combien la nuit était dense et
particulièrement silencieuse ce soir-là…
« Dis Roxane, tu ne trouves qu’il y a quelque chose de bizarre ?
- Bien sûr que non ! répondit-elle fermement.
- Pourtant, j’ai… j’ai l’impression qu’on nous espionne…
- Ne raconte donc pas de bêtise, Jules, et puis, je suis là pour te protéger, dit Roxane tentant de rassurer son petit frère autant qu’elle même.
A peine eut-elle fini sa phrase qu’elle entendit d’inquiétants fourmillements provenant d’un amas de poubelles gisant à l’angle sombre d’une ruelle.
« Qu’est… qu’est-ce que c’est ? bredouilla Jules.
- Mais rien, je t’assure. Presse-toi donc un peu, plutôt que de jacasser. »
Les frémissements se firent plus intenses.
« J’ai peur, Roxane, gémit le petit garçon tout penaud.
- Fais-moi donc confiance ! D’ailleurs, je vais te prouver qu’il n’y a rien à craindre : viens, suis moi ! »
Jules s’exécuta, ne désirant rester seul dans le noir sous absolument aucun
prétexte. Les deux bambins se rapprochèrent des poubelles, tandis que les chuintements angoissants augmentaient encore.
Roxane prit alors ce qui lui restait de courage à deux mains et, très délicatement, souleva le couvercle de la première poubelle.
«Aaaahhhhh ! »
Elle poussa un cri d’effroi et lâcha le couvercle qui fit un épouvantable vacarme contre le bitume.
Il y avait là un abject rassemblement de vers de terre, limaces, fourmis et autres araignées géantes : pattes velues et corps luisants s’entremêlaient dans un
écoeurant et gigantesque pullulement. Cela grouillait de partout, c’était absolument répugnant !
Jules et Roxane s’enfuirent, à toutes jambes, sans se retourner, ils coururent et coururent encore, le plus vite possible, à en perde haleine. Lorsqu’à bout de
souffle, ils cessèrent leur course effrénée, ils ne reconnaissaient plus le chemin de la maison.
Et avant même qu’ils eussent le temps de réfléchir à la situation, ils furent attaqués par un escadron de tomates masquées sanguinolentes, chevauchant des poireaux
volants en guise de balais.
A nouveau, Jules et Roxane décampèrent, dévalant la grand rue d’où ils apercevaient désormais leur maison. Mais ils furent bientôt rattrapés, cette fois par une
cohorte de courges et de citrouilles qui les poursuivaient dans une fracassante dégringolade en hurlant : « trick or treat ! trick or treat ! trick or
treat ! »
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