Le lendemain était jour de classe. Sophie s’y rendit tout excitée,
pressée de raconter à ses petits camarades les prouesses de son arbre magique.
Après l’école, elle voulut absolument leur montrer le pouvoir qu’elle possédait maintenant grâce à la pépite confiée par grand-père. Elle les mena en haut du
jardin, où ils restèrent d’abord un peu sceptiques devant le spectacle d’un arbre qui leur parut des plus ordinaires.
Pour les épater, Sophie pensa très fort à des dizaines de bonbons, dont elle pourrait régaler tous ses amis. Comme elle l’avait vu faire la veille, l’arbre se mit
à frémir bruyamment en agitant ses feuilles et ses branches.
Lorsqu’il cessa, il était affublé de pompons multicolores de toutes parts.
« Mais non ! s’exclama Sophie. Ce n’est pas ce que je t’ai demandé ! Je voulais des bonbons, tu comprends ? Pas des
pompons ! »
Mais rien ne se passa.

Très bien, songea Sophie, essayons autre chose. Elle se concentra très fort sur sa chanson préférée pour faire apparaître les notes de musique avec lesquelles elle s’était amusé la
veille.
L’arbre entra en mouvement, fit tournicoter ses feuilles, puis s’arrêta.
Maintenant, il était couvert de gros corbeaux tout noirs qui coassaient à tue tête en lançant des gammes absolument disgracieuses :
« Coa Coa Coa Coa Coa… »
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Sophie commença à perdre patience, à la fois vexée d’être ridiculisée devant ses petits camarades et très énervée que ses désirs ne fussent plus exhaussés à
la lettre.
Ne voulant ni céder ni perdre la face, elle demanda par la pensée des sacs de billes, mais récolta des baluchons de cailloux, commanda des étoiles mais obtint des
lambeaux de toiles tout moches, rêva de poupées pour jouer, mais l’arbre lui offrit des épis de maïs, insista pour qu’il se couvre de ballons baudruches, mais il lui servit une pluie de balles
de ping-pong.
Au fur et à mesure que Sophie s’emportait et lançait des requêtes en rafales, les feuilles de l’arbre se mirent à tourner furieusement et de plus en plus vite. Des
tourbillons s’élevèrent jusqu’à plusieurs mètres de haut en soulevant des grains de terre du sol. Bientôt, un épais nuage de poussière encercla totalement l’arbre, des racines à sa plus haute
branche, et finit par le dissimuler complètement.
Puis, progressivement, les courants d’air ralentirent leurs courses folles, les tourbillons perdirent de leur vigueur et le brouillard commença à se dissiper.
Lorsque le calme fut enfin revenu, l’arbre avait disparu.
Sophie resta sous le choc ; ses petits amis repartirent en se moquant bien de ses caprices.
Il fallu longtemps à la petite fille pour comprendre qu’elle avait trahi le secret de son grand-père et de l’arbre magique.
Elle réalisa que les trésors dont vous gâte parfois la vie, sont, par nature, éphémères. Qu’il faut savoir les chérir précieusement, sans jamais chercher à en
retirer un pouvoir quelconque, sur les choses ou les êtres. Que la convoitise et la vantardise, enfin, peuvent se révéler très destructeurs.
Sophie disposait maintenant en elle d’une nouvelle pépite, qui germa au fil des années en produisant de très jolis effets !
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